Sauter au contenu

Contre la corruption ? Je soutiens Anticor ! D. Voynet

12 février, 2007
by

Par Dominique Voynet, samedi 10 février 2007
Courrier adressé ce samedi à Séverine TESSIER, présidente d’Anticor

Chers amis,
Lutter contre la délinquance ? Bien sûr… Mais comment comprendre qu’on n’évoque jamais la corruption ? Et que, quand on en parle, on le fasse avec une indulgence amusée, comme si la délinquance « en col blanc » ne menaçait pas gravement la confiance que nous avons les uns dans les autres, et dans les institutions ? Ce fléau des démocraties modernes n’existerait pas chez nous ? Il ne concernerait que quelques diplomates confrontés aux pratiques de dictateurs africains ? Nous savons bien que ce n’est pas le cas. De l’affaire Clearstream, encalminée à l’approche des présidentielles à l’élection au Sénat de Charles Pasqua, mis en examen dans l’affaire « pétrole contre nourriture » après bien d’autres péripéties, la corruption est bien présente. Amis, réseaux, cercles… se mobilisent pour protéger la brebis galeuse, et, le cas échéant, pour l’aider à retrouver son rang au plus vite. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder combien de personnes impliquées (et parfois condamnées !) dans des affaires de corruption à haute échelle occupent aujourd’hui de postes à responsabilité. Il s’agit d’une minorité, bien sûr, mais qui jette le discrédit sur l’ensemble de ceux qui tentent, munis de leurs seules convictions, de faire proprement leur travail.
Lorsqu’on parle de corruption, on pense la plupart du temps à de sobres mallettes de cuir sombre, pleines de grosses coupures ou à des comptes numérotés dans les zones « off-shore ». Mais on oublie ce qui fait l’ordinaire du copinage, de la connivence, antichambre de la corruption, ces déjeuners, ces dîners, ces colloques, ces voyages d’étude, dont les élus sont friands. Un élu reçoit aujourd’hui en moyenne cinq invitations par jour pour ce genre d’activités « dans un cadre informel » et « ayant pour but une discussion ouverte ». Certains appellent ça du « lobbying ». N’ayons pas peur des mots : c’est de la corruption, avec des conséquences parfois très coûteuses pour la population. Encore récemment, des élus sortant d’un « dîner informel » ont proposé la mise en place de dégustations d’alcool à l’école ou des autorisations de semer des OGM « à but éducatif » ! Combattre la corruption c’est aussi combattre ce lobbying sauvage et irresponsable.
Plus grave, certains élus travaillent ouvertement pour des intérêts privés. Tel sénateur honoraire « de la façade atlantique » est connu pour ses liens avec les sociétés d’autoroute, et avec les majors de l’eau. Tel autre fait plutôt dans le nucléaire. Tel autre encore se vante d’avoir vendu des armes en Afghanistan… Rodomontades, ou problème démocratique bien réel ? Qui s’en soucie ? Qui dénonce le fait que certains collaborateurs d’élus sont payés par des lobbyistes? Qui dénonce le poids de certaines entreprises sur les décisions prises au coeur de l’Etat ? En cause : le caractère très incestueux des relations entre dirigeants d’entreprise, hauts fonctionnaires et ministres, accentué par le manque de diversité des formations et des cursus des uns et des autres, et par les pratiques de « pantouflage » dans le privé de certains hauts fonctionnaires. Sans oublier les medias, rachetés directement par des entreprises ou si dépendants de la publicité qu’ils en perdent la parole. Et les journalistes, dont l’éthique professionnelle est si régulièrement sollicitée qu’il n’est pas réellement étonnant que certains y renoncent : ménages, cadeaux… Alors que je m’étonnais de constater que rares étaient les médias qui tentaient de savoir quels parlementaires avaient accepté l’invitation de Suez – voyage en avion, hébergement et billet pour le stade – à assister, en plein débat parlementaire sur la fusion GDF – Suez, à la finale de la Coupe du Monde de Football, un journaliste hilare me dit : « mais que croyez-vous donc ? Les journalistes aussi ont été invités à assister à la finale ! »
Depuis plus de vingt ans, les Verts se battent avec acharnement, aux côtés des associations, contre toutes les dérives et toutes les formes de corruption qui se pratiquent dans les couloirs et les restaurants des Assemblées. Alors que n’existait aucune forme de financement public de la vie politique, ils refusaient tout financement par les entreprises. Approchés par des élus de tous bords, qui leur proposaient de « prendre leur part », ils ont refusé de « manger de ce pain-là » et ont signalé à la justice les graves manquements à l’intérêt général dont ils ont eu connaissance. Ainsi sont nées l’affaire Urba et l’affaire dite « des lycées d’Ile-de-France ». Plus tard, ils se sont mobilisés, dans l’indifférence générale, contre l’inscription massive de faux-électeurs dans certains arrondissements de Paris… ou pour que le dossier des « frais de bouche » de la famille Chirac ne soit pas enterré. Au Parlement européen comme à l’Assemblée nationale ou au Sénat, les élus verts oeuvrent pour un maximum de transparence.
Evidemment, ça ne suffit pas pour mettre fin à ces pratiques scandaleuses. C’est pourquoi je salue l’initiative lancée aujourd’hui par l’association Anticor. Je fais miennes les « treize propositions pour une révolution éthique ». Et je m’engage, avec les Verts, à mener ce combat à vos côtés durant cette campagne et au-delà, dans mes activités de militante et d’élue, comme dans le cadre des fonctions que je serai amenée à exercer dans l’avenir.
Amitiés.

Pas encore de commentaire

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 72 followers